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Les saisons tristes de l’Ahaggar

Le froid de décembre est vif dans l’Ahaggar. Un froid polaire. A chaque fin d’année, la région devient «la destination magique» des amateurs des réveillons éloignés des clameurs des villes du Nord et de l’ennui glacial de la façade maritime. Le grand hangar, laid et défiguré, appelé «aéroport de l’Aguennar» accueille les arrivants dans une atmosphère repoussante à Tamanrasset.

AGENCES DE VOYAGES Publié Le 28-01-2015 à 23:05 Lu 2323 fois.
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Crédit Photo : El Watan - DR

 Rien n’inspire l’accueil dans cet endroit sans âme, sans couleur et sans charme. Les policiers et les gendarmes, en civil ou en tenue, sont là pour tout voir, tout surveiller. Des ressortissants chinois sont vite «mis de côté» pour passer au scanner d’un «pafiste» décidé de contrôler les passeports. Mais à quoi ont donc servi les vérifications d’usage faites à Alger ? La loi de Tamanrassert n’est pas la même que celle d’Alger ? Ce soir, tout est fermé à l’aéroport Aguennar, pas de boutiques, pas de restaurants, pas de cafés. Rien. Sauf «la présence» sécuritaire plus que visible.

 Un aéroport caserne ! Promotion du tourisme, disent-ils ! Allons voir de près. D’abord, regardons la carte postale de l’Offi ce national du tourisme (ONT) et lisons : «Traversé par le tropique du Cancer à 80 km au nord de Tamanrasset, le Hoggar (du tamachek Ahaggar) couvre une superfi cie d’environ 540 000 km2, soit le quart de la superfi cie totale de l’Algérie. A l’est de Tamanrasset, s’élève la plateforme de l’Atakor, paysage sidérant où champs de lave tiennent une grande place, où l’altitude est partout supérieure à 2000 m et sur laquelle les volcans démantelés font des saillies affl eurant les 3000 m. Son plus haut sommet, le mont Tahat au centre de l’Atakor, culmine à 2918 mètres et domine l’Algérie».

 Continuons la lecture : «Le plus célèbre site du Hoggar, chanté par nombre de poètes et de romanciers, est l’Assekrem, à 80 km de Tamanrasset à vol d’oiseau et facilement accessible par piste.» C’est beau n’est-ce pas ?

 Cela ne peut qu’attirer les touristes, même les moins curieux et les plus hésitants.

PORTES CLOSES

Maintenant, la réalité : à Tamanrasset, en face d’une caserne, le bureau de l’Offi ce du tourisme est fermé. Fermé en permanence. Le Musée de l’art traditionnel ? Portes closes.

Toujours. Le Musée du moudjahid ouvre quand il veut ! Et, presque tous les bureaux des agences de voyages sont «hors service». Mais que se passe-t-il donc ? «Nous faisons face à un cumul de problèmes depuis 2012. Il y a d’abord la bureaucratie. Ensuite, le désintérêt des responsables par rapport aux difficultés rencontrées par les gérants des agences touristiques. Certains ne peuvent plus payer leurs dettes en raison de la réduction dramatique des activités.

 De plus, ils sont obligés de payer les impôts sans avoir d’entrées. Plusieurs circuits ont été fermés en raison de la situation sécuritaire, notamment en Libye. C’est du moins ce que disent les autorités», a protesté Abdelkrim Ag Ahmed, responsable de l’agence de voyages Kel Hoggar qui a déplacé une partie de ses activités au Maroc. Selon lui, les ambassades algériennes en Europe auraient dissuadé les demandeurs de visas touristiques de faire le déplacement vers l’Ahaggar ou le Tassili n’Ajjer.

 «Il leur ont dit, il n’y a pas de sécurité. Certains ont essuyé un refus de visa pour avoir insisté. Il est vrai qu’il existe des problèmes sécuritaires, mais l’armée est là. Et les services de sécurité font leur travail et doivent nous aider. Il est important qu’on nous ouvre des circuits à Adrar Ahnet, Tafadest et Timisaou. Nous ne voulons pas aller vers les zones frontalières pour éviter les problèmes. Nous avons écrit des milliers de lettres aux responsables. Sans réponse !», a protesté Abdelkrim Ag Ahmed. Son agence voulait organiser un raid automobile dans l’Ahaggar. «Mais l’ambassadeur d’Algérie à Paris a dit à nos partenaires français que le Sud algérien fait face au terrorisme. Il leur a dit aussi qu’il est possible d’avoir des visas pour Constantine, Annaba, Oran ou Alger, mais pas pour le Sud. C’est excessif.
 
 Hervé Gourdel, le touriste français, a été tué au nord du pays pas dans le Sud ! Nous vivons ici et nous connaissons la situation du Sahara. Nous organisons des caravanes à dos de chameau. Qu’est-ce qui empêche les méharistes militaires de nous accompagner dans les zones touristiques ? Nous avons beaucoup de demandes de l’étranger. Mais nous ne pouvons pas répondre en raison de ce blocage. Pourquoi, il n’existe aucun problème chez nos voisins, en Tunisie et au Maroc ?

 On doit le savoir une fois pour toutes, la base du tourisme en Algérie est dans le Sud», a relevé Abdelkrim Ag Ahmed.

QUESTION CONJONCTURELLE


En visite dans la région, Nouria Yamina Zerhouni, ministre du Tourisme et de l’Artisanat, a minimisé la gravité de la situation et tenu des propos débordants d’optimisme. «Nous n’avons pas de problèmes sécuritaires dans cette région.

 Aucun acte terroriste n’a été signalé. Néanmoins, certains pays ont déconseillé à leurs ressortissants d’y venir. Je crois que c’est une question conjoncturelle et je suis persuadé que la situation va s’améliorer», a-t-elle déclaré après une visite à l’hôtel Tahat, accompagnée de la silencieuse Aïcha Tagabou, ministre chargée de l’Artisanat, et du discret Abdelkader Khomri, ministre de la Jeunesse.

 Elle a évoqué la présence massive des touristes nationaux dans l’Ahaggar. «Certains hôteliers nous ont signalé qu’ils affichent complet jusqu’à la fin avril», a-t-elle ajouté.

 Mahmoud Djamaâ, wali de Tamanrasset, a reconnu la chute de l’activité touristique dans la région : «Ce qui se passe dans le Sahel a des répercussions ici. Nous avons discuté dernièrement avec les responsables des agences touristiques et avec la direction du tourisme en présence des représentants des services de sécurité pour étudier la situation. Nous avons dressé une liste des circuits sécurisés à 100% que les touristes peuvent emprunter.

 Il s’agit là de mesures préventives. Nous avons par exemple retenu le site de l’Assekrem que tout le monde connaît ainsi qu’Abalessa, où se trouve le tombeau de Tin Hinan. Nous étudions graduellement la situation.» Selon lui, la région n’a enregistré aucune diffi culté sécuritaire ces derniers mois.

 La route menant vers l’Assekrem a été coupée fi n décembre par des jeunes protestant contre les mauvaises conditions de vie à Tamanrasset. «C’était le seul moyen d’attirer l’attention», a soutenu un habitant. Il paraît qu’on assiste aux plus beaux levers et couchers du soleil à l’Assekrem ! Mais, cette «beauté» n’apparaît dans aucune brochure touristique algérienne. A ce jour, il n’existe aucun livre, beau livre, guide complet en arabe, en anglais, en chinois ou en français sur les richesses culturelles et naturelles de la région de l’Ahaggar.

DES PAROLES ET DES ACTES

Nouria Yamina Zerhouni reconnaît que l’Ahaggar est une région à fortes potentialités touristiques. «Cette wilaya en dispose, mais nous avons toujours besoin davantage de structures. Elle a bénéfi cié de sept projets qui ont obtenu l’agrément du ministère du Tourisme, deux sont en cours de réalisation, les autres attendent les permis de construire.

 Il y a lieu d’encourager l’investissement dans le secteur du tourisme pour notamment créer des structures d’hébergement. Nous avons lancé un appel à la jeunesse de la région de s’inscrire dans les instituts de formation dans les métiers du tourisme pour être habilités dans le secteur et pouvoir décrocher un emploi.

 Dans un proche avenir, le secteur du tourisme sera un grand pourvoyeur d’emplois. Nous avons besoin d’une main-d’œuvre qualifi ée pour améliorer la qualité de service au niveau des structures touristiques. Le tourisme assure le développement durable», a-t-elle déclaré. Mahmoud Djamaâ a soutenu que ses services sont ouverts à toutes les initiatives. «Dès qu’un investisseur donne la garantie qu’il peut réaliser un projet touristique, on lui donne notre accord sur place», a-t-il indiqué. Il a estimé que les festivals aident à faire la promotion de la destination du Sud algérien.

Tamanrasset accueille annuellement le Festival national de la chanson amazighe (FNCA), le Festival international des arts de l’Ahaggar (FIAA) et le Salon national de l’artisanat.

 Les organisateurs des deux festivals musicaux doivent, à chaque fois, surmonter plusieurs entraves pour être au rendez-vous.

 Les gérants des agences de tourisme de Tamanrasset se plaignent, pour leur part, des prix élevés des billets d’avion d’Air Algérie qui freinent quelque peu l’action touristique.

 «Certains touristes algériens estiment que les prestations sont chères, alors que les agences doivent aussi assurer les salaires des cuisiniers, chauffeurs, guides.  Et puis, les zones à visiter sont éloignées.

 L’organisation d’une caravane de chameaux exige beaucoup de dépenses d’où le prix quelque peu élevé. Mais les touristes nationaux ne semblent pas comprendre tout cela», a regretté Abdelkrim Ag Ahmed. Dans les salons et foires étrangers, les agences touristiques du sud du pays doivent se débrouiller toutes seules. Elles ne reçoivent aucune aide de l’Etat pour la promotion de leurs produits ou pour l’achat d’espaces publicitaires.

 L’ONAT semble avoir le monopole de la promotion de la destination Algérie. Les artisans de Tamanrasset sont au bord de la faillite en raison de la chute de l’activité touristique. «Nous vivons une grave crise. Cela fait presque quatre ans que nous n’avons pas vu de touristes.

 La matière première est chère. Un kilo d’argent est cédé à 100 000 DA à Agenor. Idem pour les autres matières, comme le cuivre. Je ne vends que rarement ce que je fais. L’Etat doit nous aider à commercialiser nos produits en Algérie et ailleurs à l’étranger», s’est plaint Youcef Heddaoui, fabricant de takouba, épées targuies, de bracelets et bagues.

 Plusieurs artisans rencontrés au Salon national de l’artisanat, qui s’est déroulé fin décembre, ont réclamé un soutien de l’Etat pour pouvoir continuer leur activité. Dans le même salon, on pouvait acheter des produits venus d’Inde, de Chine, de Turquie, d’Egypte, de Tunisie, du Mali... Ne faut-il pas penser à interdire l’importation de l’artisanat made in ailleurs ? Sinon quel serait le meilleur moyen de protéger et de promouvoir l’artisanat algérien ? La crise du pétrole et la fi n de l’opulence vont peut-être donner des idées aux responsables d’Alger...pour ériger le tourisme et l’artisanat en secteurs prioritaires.

 Dans les faits, pas dans les paroles et discours. Il n’y a pas d’autre choix dans un pays désindustrialisé et à l’activité agricole encore faible.

Source : EL WATAN Daté du 29-01-2015
Ecrit par : Fayçal Métaoui
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