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Mourad Kezzar , interview , tourisme , , ,

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MOURAD KEZZAR. CONSULTANT EN TOURISME
«La fermeture des sites et circuits est une solution de facilite»


DÉBAT Publié Le 22-12-2014 à 10:24 Lu 710 fois.
Mourad Kezzar,interview,tourisme,,,
Crédit Photo : Mourad Kezzar

La destination Sud a traditionnellement été un lieu de prédilection pour les touristes en période de fêtes. La situation sécuritaire à nos frontières n’a-t-elle pas porté préjudice au tourisme saharien ?

Le constat est là. Il n’y a plus de touristes étrangers dans notre grand Sud en particulier, et dans tout le pays en général. Le phénomène ne date pas d’aujourd’hui.  Il s’est aggravé de jour en jour. Ce ne sont pas les derniers événements qui en sont la cause, mais ils ont fini par fermer le jeu.

 Il y a 4 années de cela, le Mali avait réussi à capter pour les fêtes du 31 décembre plus de 1000 touristes étrangers dans sa partie nord, et nous, pour le même événement, moins de 10 personnes, même les caméras de l’ENTV dépêchées sur place n’ont pu zoomer.

 Le mal était là bien avant et c’est poser un faux diagnostic que de faire de Daech et autres la source de nos déboires touristiques. Depuis des années, comme nous n’avons jamais cessé de le rappeler depuis 2003, le sécuritaire est devenu un élément de l’environnement du marché touristique.

 Même s’il n’y avait pas eu les derniers événements, dont ceux de Tiguentourine et les derniers développements en Libye, la non-gestion de ce dossier serait toujours palpable sur la demande.

 La gestion sécuritaire du tourisme doit être une démarche globale et ne jamais se résumer à son aspect policier. La fermeture des sites et circuits est une solution de facilité. J’ai une fuite d’eau dans mon robinet, je me déconnecte du réseau AEP, quelle prouesse ! Le touriste, éléments de l’activité touristique créatrice de la richesse, ne vient plus chez nous. Il ne vient plus parce que des alertes sont émises par les AE des pays émetteurs. Il ne vient plus, même s’il est mordu de l’Algérie, parce que sa famille et ses voisins, affolés par des faits médiatiques souvent vrais, exercent une pression sur lui.

 Un tour-opérateur est un commerçant. Je ne vois pas qui, pour 100, 1000, 2000 touristes et quelques euros de marge sur un chiffre d’affaires proche du PNB de notre propre pays prendra le risque d’envoyer à l’aventure des clients dans une région souffrant d’insécurité, de la non-qualité de ses produits et de la non-visibilité de sa politique. Un seul kidnapping et ce TO déclarera faillite à fonds perdus, des dizaines de salariés au chômage et une marque à maudire.

 Est-ce que nos politiques, habitués à ne pas rendre compte de leur gestion savent ils qu’ils sont eux-mêmes la source de nos échecs ? Et il n’y a pas que le Sud qui souffre de ce mal. Il y a quelques semaines, cela m’a fait mal quand j’ai entendu les premiers responsables du secteur du tourisme en Algérie dire que ce qui s’est passé à Bouira, avec le rapt et l’assassinat du défunt Gourdel, n’avait pas influé sur le tourisme avec, pour preuve, qu’au moment des faits il y avait un groupe de touristes étrangers en voyage organisé. Est-ce qu’ils disposent des commandes et des annulations post-Gourdel ? Le moment est venu pour que nos responsables cessent d’insulter notre intelligence et se mettre à travailler, au lieu de dépenser la rente.

Le touriste algérien peut-il compenser la défection des touristes étrangers dans ces régions-là du fait qu’il n’y a pas d’exigence de visa ou de procédures lourdes ?

 Dans ces régions, le Sud et le grand Sud, et comme il s’agit d’un marché de niche, la stratégie marketing est celle basée non pas sur les 5 facteurs-clés de succès, mais sur la différenciation.

 On ne peut pas développer le produit Sud comme un produit de substitution au balnéaire ou à l’urbain.

 Côté demande, les deux types de clientèle ne sont pas dans le même positionnement sur la pyramide de Maslow. Côté offre, le produit est si fragile qu’une consommation de masse va le tuer. Le produit vendu à un certain niveau des prix devient non profitable aux agences et hébergeurs locaux.

 On table sur des réductions d’Air Algérie. Qui va payer la différence ? Va-t-on puiser dans la rente ? Cette dernière a d’autres destinations d’urgence telles que la santé, l’éducation, la justice et l’eau potable.

 Ainsi, effectivement, il y aura du monde, on affiche déjà complet, mais est-ce que cette offre répond aux motivations du touriste algérien lambda ? Est-ce que l’agent de voyage du Sud sortira satisfait ? Non, le tourisme de masse dans le Sud ne remplacera jamais la demande internationale, elle-même déjà spécifique. C’est le b.a-ba du management.

 Ainsi, le touriste algérien va remplir les hébergements, mais l’activité qui en découle ne compensera pas celle que devrait créer un réceptif adapté à l’offre. Continuons sur cette piste et nous n’aurons plus de produit Sud algérien !

On sait que nombre d’Algériens se rendent à l’étranger pour les fêtes de fin d’année. Y a-t-il une politique volontairement plus agressive de la part des voyagistes en direction du touriste algérien ?

Je reviens pour résumer que le marché est une équation simple : c’est la réunion d’une offre et d’une demande. En Algérie, il y a une demande potentielle. L’Algérien voyage et il est porté sur les vacances depuis les années du tourisme de masse.

 L’offre nationale est incapable de répondre à cette demande par la quantité et la qualité. Ajouté à cela le besoin psychologique d’identification sociale. Dans ce cas, l’importation se substitue au déficit de l’offre du marché national.

 L’Algérien importe un produit vacances qu’il consomme extra-muros. Si les agences de voyages algériennes ont été, de tout temps, le bouc émissaire de politiques défaillants pour justifier leurs échecs, elles furent et sont encore, par contre, la force de vente des destinations concurrentes telles que la Tunisie, la Turquie, Dubaï et même la Mecque. Oui, ce déferlement d’Algériens vers les destinations étrangères est aussi le fait d’une agressivité avec, comme fer de lance, l’agent de voyages algérien.

 C’est l’agence de voyages algérienne avec ses défauts et qualités qui a démocratisé la omra et la Tunisie. Avec d’autres facteurs, c’est cette agence de voyages qui est aussi derrière la percée de la Turquie. Le métier d’agent de voyages n’a pas besoin d’être dénigré, mais il doit être pris en charge par une réforme qui le professionnalise, qui l’extirpe de la sphère de la spéculation sur les agréments et qui le libère de l’emprise du salafisme.

Source : EL WATAN Daté du 22-12-2014
Ecrit par : Safia Berkouk
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