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Mots Clés

Said Boukhelifa , Tourisme , Algérie , Débat , Politique ,

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Plaidoyer et questionnements sur l’Algérie touristique

C’ÉTAIT QUOI LES ANNÉES SOIXANTE-DIX ?
Elle représente le vivier de nos réminiscences, celles de nos années juvéniles. Une décennie prodigieuse 1970-1980, vers laquelle on scrute souvent, pour analyser le présent et projeter l’avenir. Le secteur touristique avait connu un passé glorieux.

DÉBAT Publié Le 08-11-2014 à 06:24 Lu 3003 fois.
Said Boukhelifa,Tourisme,Algérie,Débat,Politique,
Crédit Photo : Le Quotidien d'Oran

On n’y saurait l’occulter.je vais m’y référer, sans complaisance, avec transparence et sans faux- fuyants.

On a souvent usé de propos verbeux, creux et triomphalistes, ces dernières années et on n’a finalement fait que desservir la destination touristique. Cette aimée et souffrante Algérie touristique, a aujourd’hui, comme demain, surtout besoin, de visibilité et de lisibilité et surtout de volonté politique réelle, de ses gouvernants.

En effet l’Algérie touristique a connu 3 phases, la première, celle que je désignerais en tant que décade prodigieuse 1970-1980, c’est la résultante de la charte du tourisme de 1966 élaborée sous la direction du ministre Abdelaziz Maoui, grand par la taille et par le talent (1965-1977). Il avait fait appel à un architecte de génie Fernand Pouillon qui avait opté pour la religion musulmane avant l’indépendance puis juste après il s’ était naturalisé Algérien, pour construire les fameux grands complexes balnéaires de Moretti, Sidi fredj, Zeralda, Tipasa Club Med et Matares,les Andalouses Oran, Les Hammadites Tichy, El Mordjane El Kala ainsi que Le Rocher- Seraidi repaptisé El Mountazah, Le Plaza International Annaba, dénommé Seybouse par la suite ; Les Zianides Tlemcen et enfin les hôtels Sahariens, étapes jouissives, de la boucle des oasis (Biskra, BouSaada, Eloued, Touggourt Ouargla, Ghardaia, Laghouat) et celle de la Saoura (Ghardaia, El-Golea, Timimoun, Beni-Abbes, Taghit, Bechar, Ain-Sefra-Laghouat). Deux circuits touristiques très prisés par la clientèle internationale, à l époque.Des chantiers colossaux furent lancés sous la houlette de Abdelkader Khalef (le président qui avait façonné le grand jumbo-jet de Kabylie).

Au cours des années 73 -77 nos complexes balnéaires étaient complets chaque été par les arrivées de nombreux charters de touristes Suédois, Hollandais, Britanniques, Belges, Français,Suisses Italiens. l’ Espagne Franquiste ne nous envoyait pas de touristes ! les hôtels du Sud ne désemplissaient pas durant toute l’année, même, en été !avec de grosses pointes pendant les vacances d hiver, de printemps, les longs week end de Pâques, Pentecôte, en avril et mai.

A Alger les restaurants-bars Novelty, Milk bar, la Brasserie des facs, Bristol, Coq hardi, kenko, Bora Bora,  République, les Ailes, voyaient leurs terrasses bondées de touristes. Chez la Mére Michelle, le civet de lapin côtoyait allégrement le civet de marcassin et son assiette Anglaise plastronnait devant le thon à la Catalane. D’autres s’asseyaient sur les escaliers de la Grande Poste profitant des rayons du soleil sous l’ œil incrédule de l’ agent de police, qui dans sa guérit, régulait la circulation au carrefour ! On refusait du monde à cette époque car nous étions complets au Sud comme au Nord six mois à l’avance !

 l’Algérie était au diapason de la Tunisie de Bourguiba, du Portugal du dictateur Salazar,de la Grèce des colonels,du Maroc de Hassen 2, et mieux lotie que la Turquie des généraux, et la Croatie de Tito !

Nous étions très fiers à Sonatour, Ata et Altour et il y avait de quoi l’être ! Suite aux compliments, encouragements, félicitations, que nous recevions à l’époque de la part de nos partenaires étrangers. Qui, quelque années après, nous envoyaient des réclamations, puis bien après, retiraient la destination Algérie de leur brochures de ventes. Le film les vacances de l’inspecteur Tahar tourné en partie à l’hôtel Les Sables D’or Zeralda 4 étoiles jadis, aujourd’hui 2 étoiles, est là pour témoigner de visu. Les nombreux touristes étrangers n’étaient pas des figurants mais des vrais ! Naguère on savait bien accueillir dans nos aéroports d abord ensuite dans nos hôtels, restaurants. Le service était bon, le tout était adossé à une culture touristique ambiante qui a disparu de nos jours, depuis belle lurette, malheureusement ! l’Algérie avait appris à faire du tourisme. L’Algérie était à la mode en 1975 au même titre que la Thaïlande qui s’ouvrait au tourisme. Notre pays avait bénéficié des retombées promotionnelles à la venue de Valery Giscard  d’Estaing, cette année-là, et qui était le premier président Français à venir en Algérie indépendante.

La palme d’or obtenue au festival de Cannes, par Lakhdar-Hamina, en mai 1975 pour son film «Chroniques des années de braises», ameliora l’image de marque de la destination.

POURQUOI LA DECONSTRUCTION DU TOURISME ALGERIEN PAR LES POUVOIRS PUBLICS FUT-ELLE DECIDEE A PARTIR DE 1981 ?

Maintenant nous abordons la deuxième phase la plus longue et surtout celle de la décrépitude, voire de la déliquescence annoncée. 1981-1986,par les résolutions du Comité central du Fln en 1980, qui accordait la  priorité au tourisme domestique en faveur des nationaux, et qui reléguait aux calendes grecques le tourisme international (réceptif).

Le tourisme interne est depuis 34 ans, toujours au stade de sa chrysalide, prisonnier d’une sémantique plate et glauque des décideurs et les véritables touristes étrangers arrivés via les tours-operators, ont vu leur nombre ne pas dépasser le total cumulé, durant les 3 dernieres décennies, de 100.000 (cent mille), soit 3300  par an en moyenne ! En somme on a cassé le tourisme réceptif et on n’a pas construit le tourisme domestique.

Une embellie furtive 1986-1991 (boostée par Mohamed-Salah Mentouri, vice-ministre du tourisme) puis les années tragiques,1992-2004 L’état (ce grand mammouth givré), les pouvoirs publics se mettaient aux abonnes absents. Plus de rénovation d’hôtels sénescents, vétustes (malheureux gestionnaires, impuissants face à l’inertie étatique) plus de constructions, depuis 1982, de nouveaux hôtels pour les touristes, plus de formations de qualité, plus de promotion attractive à l’étranger (fermeture en 1979 des représentations de l’Onat à l’étranger, ouvertes sous la direction de Abdelkader Khalef, dix années auparavant). Ironie du sort c’était le terrorisme qui en faisait la promotion, mais d’une manière macabre durant la décennie sanglante ! De 2004 à 2008 période de tâtonnements, d’atermoiements Donc de 1981 à 2008 lancinante traversée de non-tourisme, l’Algérie avait désappris à faire du tourisme ! Maintenant passons à la troisième phase celle de la reconstruction 2008-2030. L’Algérie est entrain de réapprendre à faire du tourisme. Ce sera long, dans la durée, le temps d’une génération, avec de la volonté, de la conviction, et des compétences réelles.

EXISTE-T-IL UNE VOLONTE POLITIQUE POUR RELANCER LE TOURISME ?
«La vie se compose de volontés qui ne se réalisent pas et de réalisations qui n’ont pas été voulues.»
Goethe.

C’est une question de volonté politique réelle. Quand je dis réelle, il faudrait que les grands responsables qui travaillent au sein de l’Etat et du gouvernement soient convaincus. Du sommet de l’Etat à la base, nous devons tous déclarer, à l’unisson, «yes we can, yes we must» Il y a une dizaine de secteurs qui sont concernés, les Transports (quelle honte que ces stations routières de Constantine, Annaba, Sétif, Alger,... la vétusté se conjugue avec la saleté) l’Intérieur et les Collectivités locales, la Culture... etc.

Les responsables des communes et des wilayas doivent-êtres convaincus aussi de l’utilité du tourisme et de son impact sur les plans économique et social. C’est ce qu’on appelle l’inter-sectorialité et la transversalité. Il ne faudrait pas que cette volonté politique demeure textuelle, il faudrait quelle soit factuelle, c’est-à- dire matérialisée dans les faits. Sur les 48 wilayas très peu croient au tourisme. On peut les compter sur les bouts des doigts, c’est navrant et décourageant ! N’en parlons pas des communes désœuvrées et endettées !

La volonté politique existe actuellement au niveau du schéma directeur de l’aménagement touristique (SDAT), élaboré en 2008, sous la direction éclairée de Cherif Rahmani.

C’était le résultat de quatre assises régionales ou tous les concernés, hôteliers, voyagistes, les offices de tourisme, les universitaires, les formateurs, les investisseurs potentiels ont fait des propositions qui ont servi à l’élaboration d’une feuille de route pour le développement du tourisme. Les assisses nationales en février 2008, au palais des nations-Club des pins furent le couronnement. Cette volonté politique ne doit pas être embastillée et cloisonnée au sein du SDAT qui est une source d’inspiration, d’orientation, d’exploitation, riche et intarissable. Car il faut le souligner un éminent bureau national (le Cneap) et un autre de l’étranger contribuèrent à son élaboration.

Auparavant, pendant 30 ans, on avait navigué à vue. Il n’y avait pas de politiques touristiques bien pensées et bien structurées. Aujourd’hui, le SDAT est pour nous une sorte de boussole magique. On ne peut pas dire qu’il n y a pas de politique touristique. Elle existe mais on ne la voit pas sur le terrain parce que beaucoup de hauts fonctionnaires ne sont pas convaincus. Et sans la conviction, adossée à des compétences avérées, on ne pourra pas concrétiser le SDAT, horizon- 2030.

La destination Algérie comme toutes les destinations ailleurs, se construira ou se reconstruira, sur une durée minimum de 20 ans. Le temps de construire les hôtels qu’il faut, de former ou de recycler le personnel et de réinculquer une culture touristique qui s’est effilochée, étiolée. Avec le temps pour disparaitre. Le tourisme est une pyramide de détails, sans maillon faible où chacun a un rôle à jouer. Les ministres du tourisme ont fait des visites d’inspections à travers plusieurs wilayas, ces dix dernières années. Ils ont vu, ils ont constaté les réalités du terrain ils ont écouté ils ont orienté et beaucoup appris (le ministre Smain Mimoun avait fait toutes les 48 wilayas). Mais après les visites de travail et d’ inspection au niveau local, ou à chaque fois, une mobilisation était observée à l’arrivée de la délégation ministérielle, à son départ les lampions s’éteignent, les flonflons de l’accordéon se taisent et après la mouche Tsétsé reprend ses droits de cité et l’endormissement local s’ installe de nouveau par manque de conviction et par manque de compétences.

Combien de wilayas, de daïras ont-elles lu le SDAT et combien le maitrisent elles ? Deux ou trois peut-être ! le reste est indifférent à ce cadre de références ! Devant cette récurrente démobilisation locale, le ministère du Tourisme, risque, de guerre lasse, à la longue, déclamer, comme dans la légende des siècles de Victor Hugo,

«le combat cessa, faute de combattants!». Car cet état de fait, déplorable, perdure depuis des années ! La politique touristique et les stratégies qui en découlent, sont pensées conçues, structurées et arrêtées par le ministère du Tourisme mais c’est territorialement qu’elles doivent être prises en Charge par les collectivités locales, wilayas, daïras, communes Ce qui n’est pas le cas pour la majorité.

LES ZONES D’EXPANSION TOURISTIQUE (ZET) SONT-ELLES PROTEGEES ?
«Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.»
Jean Jaures.

Ce sont des terrains situés en zones touristiques inventoriés et réservés strictement à des investissements touristiques, puis protégés par des textes de loi. La réalité est tout autre, car plusieurs ZET, ont été accaparées par des particuliers, haut- placés, certaines ZET ont été amputées, atrophiées en partie,par des walis qui ne croient pas au tourisme, sous couvert d’utilité publique. Surtout que Ouyahia, Premier ministre, par une note en 2009, retira les prérogatives d’octroi de terrains à investir, au ministère du tourisme,pour les attribuer aux walis.

En 1976, au niveau de la wilaya de Jijel, on avait inventorié, 19 ZET, de nos jours il n’en reste que 10. Un véritable massacre, la plus belle côte d’Algérie deviendrait indéniablement, à ce rythme prédateur, la dernière destination touristique, faute de capacités litières suffisantes. En 2008, la directrice du tourisme de la wilaya de Tipasa, pendant une visite d’inspection sur le terrain du wali et des autorités locales,qui envisagea d’amputer des ZET, lui signala que c’était des terrains destinés à l’investissement touristique.

Il l’a rabrouée en lui balançant une avoinée «fermez-la, c’est moi qui décide !», et il l’exclura des réunions hebdomadaires de l’exécutif pendant une période de huit mois !

Dans les années 70,un programme ambitieux, études et plans arrêtés,de 50.000 lits était prévu, soit la capacité de Djerba, Sousse et Hammamet réunis, dans cette wilaya avec un petit aéroport. Des têtes pensantes frileuses à la vision étriquée, au comité central du FLN l’ont fait capoter.

Et aujourd’hui, on se demande pourquoi les Algériens partent ailleurs, Tipasa possède en 2014 moins de 4000 lits, quarante ans après et le dépeçage des ZET continue partout, à Boumerdès, Alger-est (Ain-Taya-Surcouf ont très mal supportés l’arrivée de 5000 logements à la place d’investisseurs touristiques, d’autant plus que tres peu de citoyens autochtones en ont bénéficiés, Cap-Matifou, elle s’est vue infligée une cité de 1500 logements à cent mètres du rivage, Alger-plage défigurée...), la corniche Oranaise, Mers-el-Kebir, Ain-turc, Bousfer, atrophiée, à l’image de la corniche Annabie, celle de Bougie, ect...

Un massacre des ZET sur toute la cote de 1250 km, par l’apparition de maisons de particuliers à l’architecture hideuse, d’immeubles sociaux horribles, à la place d’hôtels, de restaurants touristiques, de centres de vacances, de terrains de camping, des aires de loisirs... Notre population serait de plus de 50 millions en 2030 et par corollaire la demande touristique nationale ira en augmentant.

L’Etat sera impuissant à satisfaire les besoins en vacances des Algériens parce que atteint de cécité, hier comme aujourd’hui !La Tunisie, encore et toujours servira de destination de substitution, en attendant l’ouverture tôt ou tard des frontières avec le Maroc (et forcement ce serait le tourisme qui servirait de sésame ouvre-toi). Là-bàs, à Saidia, ville séparée par une rivière de la station balnéaire de Marse-Benmhidi  (Port-Say), le luxe, le calme, la volupté, règnent sur une capacité de 18000 lits construits (soit 20 complexes touristiques similaires au centre de Tipasa), aux normes internationales, en 2010. En face,du coté algérien, régnent, le désordre, la vétusté et la saleté (moins de 1000 lits et tous rebutants). En 2006, le directeur du tourisme de la wilaya d’Annaba dénonça à la presse le détournement de terrains appartenant à des ZET, et lors d’une réunion des directeurs de l’exécutif, il demanda la parole au wali, qui  lui répondit «ce n’est pas la peine, il n’ya pas de tourisme en Algerie !», alors que le ministre de l’époque, Noureddine Moussa, venait de soumettre au gouvernement un plan de développement décennal du secteur 2005-2015.

Tant que cette mentalité imprégnée de l’inculture touristique prévaudra à un haut niveau, on continuera, non pas de stagner, mais de reculer. Nos deux voisins Maghrébins ont pris le TGV du progrès touristique, nous par contre, nous avons pris la patache !

Issad Rebrab, pour des contraintes bureaucratiques et par la loi opaque sur le foncier, dissuasive, a renoncé en 2008 à deux mégaprojets hôteliers, l’un à Souk-el-tenine (Bejaia), sur une superficie de 26ha, il avait reçu l’accord de principe, en 2007, pour la cession de l’assiette foncière devant permettre de construire un immense complexe touristique digne de ceux du Bassin Méditerranéen, et un autre à Cherchell (W.Tipasa), au lieu dit Rocher Blanc (oued-el-belaa), de la dimension, une fois et demie, le centre touristique de Tipasa-Village.

Les études avaient été confiées au bureau Artec basé à Dubai. Ce grand Capitaine d’industrie allait nous apporter de la qualité et de la modernité hôtelières. Ces deux projets auraient été acceptés et achevés en Tunisie, au Maroc, en Turquie, en Egypte ! Et j’ai même entendu dire, à demi-mots, un haut fonctionnaire du ministère du tourisme, «avec tout ce qu’il possède ailleurs, pourquoi vient-il au tourisme ?» Ceci nous renvoie au développement pharaonique hôtelier projeté par Cherif Rahmani, en 2008-2010 qui est repris dans le livre cinq du fameux SDAT.

Des âmes chagrines et à la vision dotée de muselières, firent capoter ce programme qui aurait permis à l’Algérie de se doter, enfin, d’infrastructures touristiques au diapason de ce qui a été fait en termes d’excellence, à Antalya, la nouvelle Riviera Turque, à Hammamet-Yasmine (Tunisie),Charm-El-Cheikh et Hurghada (Egypte), Saidia (Maroc).

Une vingtaine de complexes touristiques prévus à El-Kala, Chetaibi, Bejaia, Reghaia-Alger, Boudouaou-El-Bahri- Boumerdes. Madagh 1 et 2 (A.Temouchent), Mostaganem, Moscarda 1et2 (Port-Say-Marset-Benmehidi). Mais, chez nous la bêtise humaine prévaut toujours et bien que la chienlit flirte encore avec le chiendent dans ce secteur touristique,sous perfusion depuis plus de trente ans, et parce que on jalouse ou on n’aime pas l’homme, certains dans les arcanes du pouvoir, ont fait obstacle, au projet porté avec doigté par Cherif Rahmani. Les Emiratis et Saoudiens, sont partis investir ailleurs, où’ ils ont été acceptés, bien entendu, en Tunisie, au Maroc, en Egypte, en Turquie. La mise en tourisme de l’Algérie requiert ce type d’investissement qui nous passe sous le nez imprégné de fierté morveuse.

Ainsi, se profile la mise en bière de ce tourisme aux immenses potentialités, riches, variées, uniques, offrandes divines tant enviées par nos voisins mediterranéens, qui nous classe parmi les vingt plus belles destinations au monde (nous y avons aucun mérite),mais nous sommes classés parmi les vingt derniers en termes d’organisation et nous sommes derniers ex-aequo, avec le Liban, sur les 21 pays méditerranéens.

LA FORMATION TOURISTIQUE EST-ELLE DE QUALITE ?

L’une des faiblesses de la destination Algérie est l’insuffisance de personnes formées, compétentes et possédant l’expérience nécessaire pour occuper les postes qui sont les leurs. Je parle de tous les niveaux, du réceptionniste au manager en passant par les maitres d’hôtel, le directeur de restaurant la gouvernante... etc. C’est un travail de longue haleine. (les programmes pédagogiques sont obsolétes,on songe à les moderniser et à les mettre au niveau de ce qui est dispensé en Europe et au Canada).

En Tunisie, un hôtel trois étoiles doit avoir, au minimum, 16 employés diplômés. Une gouvernante doit avoir un BTS (Brevet de technicien supérieur en tourisme) qu’on obtient au bout de trois ans d’études après le Bac. La gouvernante doit savoir les bienfaits du tourisme sur tous les plans. C’est au bout de la troisième  année qu’elle commence à étudier les techniques et les normes de l’hygiène.

Chez nous, en revanche, on exige juste que le directeur soit diplômé de l’Ecole supérieure du Tourisme, ou  ancien cadre hôtelier ayant une expérience de 10 ans, pour les étoiles de trois à 5 étoiles. Un directeur ne peut rien faire si autour de lui il n y a pas de personnel formé. Idem,pour les agences de voyages, le ministère du tourisme à travers ses textes se focalise uniquement sur le profil du directeur, alors que les agents de comptoirs, sans formation, sont nuls.

Pourtant il existe des écoles privées qui inculquent les notions de base, l’acceuil, le sourire, les bonnes informations, l’empathie... dans le cadre de formation de techniciens en tourisme (cotations, ventes,).

L’Ecole nationale supérieure de tourisme (ENST) El Aurassi a formé, depuis son ouverture en 1976, prés de 1260 cadres (licenciés en gestion hôtelière et touristique). Les écoles de Tizi-Ouzou et de Boussaâda ont formé quelques 6000 cadres moyens et agents d’exécution. On a donc formé en tout, environ moins de 8 000 ressources entre cadres, agents d’exécu-tion, techniciens et agents de maitrise.

Cela apparaît suffisant mais il y a eu une déperdition. Ces ressources sont parties travailler ailleurs dans les bases des compagnies pétrolières au sud du pays mais aussi à l’étranger.

D’autres inactifs, ont quitté le secteur (80 p-cent). Pénible et déplorable déperdition d’une jeunesse formée, dans les métiers du tourisme.

Une nouvelle école supérieure de tourisme ouvrirait à Ain Témouchent en 2016. On a prévu une autre grande école à Tipasa, qui ouvrirait ses portes dans en 2017. L’école de Tipaza aura 1200 places pédagogiques alors que celle De l’ENST -El Aurassi ne dispose que de 200 places. Ce sera une école d’envergure internationale qui travaillera en partenariat avec des écoles de l’espace Schengen et du Canada. Il y aura des échanges de programmes pédagogiques et un apport de professeurs qui viendront donner des conférences à nos étudiants.

Le terrain pour la réalisation de l’école de Tipaza est degagé depuis 2008, sous Rahmani. Le grand Sud n’a pas été oublié. A Adrar, capitale du Touat et proche de Timimoun, aura également son école spécifique au tourisme Saharien. Tous ces projets accusent beaucoup de retards dans leur realisation, sauf l’école supérieure de l’hotellerie d’ Ain-Benian Alger (en partenariat véritable avec l’institut de Glion-Lausanne), a été réalisée dans les délais, mais elle relève de la Société d’investissements hôteliers (SIH), dirigée par Hamid Melzi (Club des Pins, Palais des Nations, Sheraton au même endroit, Sheraton-Oran, Renaissance Marriot Tlemcen, bientôt le Marriot-Cirta à Constantine et le 3éme Sheraton à Annaba.

POURQUOI LA CHERTÉ DES TARIFS DANS NOS HOTELS ?

Les hôtels algériens sont les plus chers au Maghreb et parmi les plus chers au niveau du Bassin-Méditerranéen.

C’est un frein au développement du tourisme en faveur des nationaux, ce qui les incitent à partir ailleurs pour des tarifs moins chers et pour une qualité de prestation supérieure. Ce paradoxe est le résultat des sous-capacités hôtelières. Nous avons actuellement en Algérie une capacité d’accueil de 96 000 lits dont plus de la moitié dans des établissements non-classés (zero étoiles). Ce qui a favorisé la spéculation tarifaire. Mais cela ne va pas durer parce qu’avec l’apparition de nouveaux hôtels de qualité, il y en a eu quelques uns au cours de ces trois dernières années, la décantation va se faire et les prix vont baisser, tôt ou tard.

Le nombre de nationaux serait de deux millions chaque année, qui aspirent à passer de bonnes vacances au bled (en étant hébergés), à la plage, dans le désert, ou en montagne à Talaguilef Tikjda, Chrea, mais seulement moins de 100.000 pourront être hébergés. Le reste sera résigné à lorgner du «coté de chez Swann» (Tunisie, Maroc, Turquie, Egypte...)

LA PROLIFERATION DES AGENCES DE VOYAGES. UN BONUS OU UN MALUS ?

On dénombre quelque 1200 agences de voyages en 2014 dont à peine 10 % de professionnelles qui font honneur à leur métier et à la destination Algérie. Le reste, à savoir la grande majorité des agences, font dans la Omra et le Hadj parce que ce sont des produits qui rapportent immédiatement et très rémunérateurs. Les touristes nationaux et les rares étrangers sont victimes du manque de professionnalisme flagrant de saltimbanques des voyages.

On se demande à quoi sert cette ribambelle d’agences, puisque l’Algérie ne reçoit pas plus de 3300 touristes-an, en moyenne. (tendance sur les trente années). C’est l’économie touristique de bazar qui permet ce souk où le profane réalise un meilleur chiffre d’affaires que le professionnel ! Ainsi la profession est désagrégée et la destination est altérée par les Rouletabille et autres Rocambole qui dirigent des agences  de voyages.

Certains qui n’ont jamais étudié le Marketing ou qui ne le maitrisent pas du tout se complaisent à déclarer  «c’est le marché de l’offre et de la demande qui fera la décantation ...», c’est une évidence même, mais dans le contexte actuel, ce ne sera que «bonjour les dégâts !»Des textes de loi qui remontent à 1990, obsolètes, ont permis au puisatier, au castaneiculteur, au laitier, au boulanger et au maréchal ferrant, de s’engouffrer dans les brèches béantes de ces textes, et d’ouvrir, sous un prête-nom, une agence de voyage.

 Ces 5 métiers honorables et respectables ont incité ceux qui les pratiquent à se lancer dans le monde des voyages, aspirant essentiellement à commercialiser les produits Omra et Hadj !Il est temps de faire spécialiser ces agences en «organisations de pèlerinages et voyages religieux, elles devront changer de statuts et dépendre de la tutelle de l’office national chargé du hadj et de la omra. La décantation se fera ainsi et on n’aurait plus que 200 agences de voyages professionnelles, en tourisme «incoming» et «out going», en plus du volet tourisme domestique.

TOURISME INTERNE ET TOURISME RECEPTIF SONT-ILS COMPLEMENTAIRES ?

En fait ils ne forment qu’un seul ensemble. Le tourisme international, réceptif, chez-nous ne peut se développer sans l’épanouissement du tourisme interne. Tous les pays qui ont réussi dans ce domaine ont commencé par développer le tourisme domestique C’est une manière de faire des simulations et de tester les produits touristiques qui réussissent.

Il y’a une seule forme de tourisme, imprégnée par la qualité des prestations fournie aux autochtones et aux étrangers non-résidents. D’autant plus que pendant ces 10 dernières années les Algériens sont devenus très exigeants parce qu’ils ont voyagé beaucoup. Ils ont vu ce qui se passe chez nos voisins Marocains et Tunisiens ainsi qu’en Turquie, en Egypte en Espagne et ailleurs. Ou le rapport qualité prix est attractif Dans les années 1970, il existait un circuit qui a été réalisé par le Club méditerranée et traité par Altour.

L’expédition commençait au Maroc puis entrait en Algérie à travers la région d’Igli (Bechar) traversait le sud algérien avant d’aboutir en Tunisie. La traversée du Maghreb se faisait en trois semaines. A partir du Maroc, le circuit s’appelait «Taxi pour le désert et au retour de Tunisie il s’appelait «Djerba la douce».

 On faisait aussi des circuits combinés, Algérie-Tunisie, Algérie-Maroc. Il y a beaucoup d’intérêt à revenir à cette expérience. Ça pourrait reprendre avec la Tunisie. D’ailleurs, ces dernières années, les Tunisiens ramènent leurs touristes à l’Est algérien pour se rendre sur les traces de Saint Augustin. A Souk Ahras et à Madaure! Et c’est grâce à eux que le produit Saint-Augustin est suffisamment connu au niveau mondial, ils le commercialisent depuis les années 70.

Leurs touristes qui séjournent en Tunisie dans des hôtels confortables, modernes et propres et qui viennent chez nous pour se recueillir à la mémoire de l’évêque d’Hippone, sont effarés par la mauvaise qualité de nos hôtels, publics et privés.

ET QU’EN EST-IL DU PLAN QUALITE TOURISME ?

La destination Algérie à été particulièrement éprouvée durant les années1990, situation dont les répercussions ont terni son image de marque au niveau des principaux marchés internationaux émetteurs de touristes. A cet effet, un plan «qualité tourisme» a été défini en 2008 et mis en place, sous Rahmani.

L’adhésion à ce plan, qui s’adresse aux hôteliers, restaurateurs et autres agents de voyages, est volontaire. Il s’agit, en fait, de satisfaire aux conditions d’un cahier des charges, établi par référence à des normes internationales en la matière, pour prétendre à l’obtention d’un «label qualité», argument marketing certain et distinctif, apporté sous forme de panonceau scellé à l’entrée de l’établissement en question par les services de nos directions de tourisme de wilaya.

Il est important de souligner que la «qualité» doit être, constamment et sans relâche, suivie et appliquée sur toute la chaîne des prestations des touristiques, à commencer par les services d’accueil. Aussi bien au niveau des représentations diplomatiques, que dans les aéroports et ports algériens.

Il est à rappeler qu’un investissement de qualité, une prestation de service de qualité fournie par un personnel bien formé, et une action promotionnelle de qualité, doivent être le triptyque indissociable de la démarche touristique algérienne sur le moyen et le long terme. Mais depuis 2010, ce plan lancé par Rahmani, est inerte, figé par l’absence de maitrise des uns et des autres dans son application, et ankylosé par les sables mouvants bureaucratiques. Surtout que la direction plan qualité tourisme et régulation des activités touristiques au ministère est absorbée, à 90p-cent,par le traitement des dossiers des agréments, depuis 2010 (dixit l’ancien directeur général du tourisme), tandis que les 48 directions de tourisme attendent impatiemment qu’on leur restitue ce domaine de compétences (taches d’exécution).

Jamais ce ministère n’a été aussi honni que depuis 2006 et l’opprobre et l’anathème ne cesse d’être jetés à  son endroit, par les citoyens et par les professionnels, mais l’autisme semble incurable du coté du Sacré-Cœur, Didouche-Mourad, Alger, car les échos de la vox-populi, étouffés, n’arrivent jamais aux oreilles de monsieur ou madame le ministre.


A SUIVRE ...

Source : LE QUOTIDIEN D'ORAN Daté du 08-11-2014
Ecrit par : Said Boukhelifa
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